kolmapäev, mai 31, 2006

La visite de la vieille dame

Depuis quelques jours les rêves ne se montrent plus. Apure attribue en désespoir de cause ce phénomène à une addiction de passage aux tourments bon marché des chirurgiens de Nip/Tuck. En quinze épisodes, un ou deux beaux moments, noyés dans une sauce curieuse de scènes érotiques, de conversations plus ou moins franches, de personnages qui se mouchent, se cherchent et s'embrassent, et de mutilations en tous genres.
Cette nuit, cependant, une vieille dame est venue. Voici comment : Apure dans le métro doit descendre avant le terminus, la ligne étant bloquée. Un escalator le ramène à la surface. Il pleut, il fait nuit. Devant le passage piéton, une vieille dame fait les cent pas, voudrait passer au rouge. Apure lui prend le bras. "Si vous voulez bien, nous allons passer ensemble." La rue traversée, ils se promènent dans une ville maintenant passée au jour. " Je voudrais vous montrer quelques belles maisons ", dit la vieille dame, qu'Apure suit dans un cimetière très visité. Les gens sont assis sur les tombes; discutent, pique-niquent. La vieille dame emmène Apure vers une tombe couverte de photographies et de disques 45 tours. Là gît une chanteuse, ou un chanteur de temps assez reculés. Dans l'église, près du cimetière, se tient une brocante, dont Apure a l'impression au réveil d'avoir déjà maintes fois rêvé. Il n'y trouve rien, mais la voix de l'un de ses frères se fait entendre dans l'église ; le frère raconte des blagues ; le rêve s'effiloche.

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reede, mai 12, 2006

Visite au cimetière

Apure se rend avec d'autres personnes sur la tombe d'un enfant ; ils emportent des fleurs, des narcisses sauvages, cueillis dans les champs. La tombe est facile à trouver dans le petit cimetière. Ses abords sont dégagés et un projecteur l'éclaire encore un peu plus. Curieuse tombe, tout de même, se dit Apure, pourtant saisi par une certaine émotion. Le nom de l'enfant est mentionné (mais Apure ne s'en souvient pas ; il ne peut pas dire davantage s'il s'agit de l'enfant d'un ami ou d'un parent) ; des caractères chinois et des messages sont aussi gravés dans la pierre ; de livres rares sont disposés autour de la tombe. Le cercueil, de bois clair, est encore posé sur la pierre, et l'on peut sans doute voir l'enfant par une petite fenêtre pratiquée dans son couvercle. Apure ne s'y risque pas. Il sort les fleurs sauvages du sac dans lequel elles ont été transportées : les pétales sont écrasés, rien ne peut être sauvé.
Les visiteurs s'installent près de la tombe. Les parents de l'enfant ont laissé sous les bancs une caisse de papiers, de laquelle Apure extrait des pages d'agenda, d'abord petites et brunies, datées de l'année 1956. Quel bond dans le temps, se dit-il, pensant à l'enfant, né et mort au troisième millénaire. Puis des pages arrachées à des revues anciennes, dont certaines sont imprimées sur un papier si doux, si singulier, qu'Apure au matin a encore le souvenir de son contact.

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