teisipäev, aprill 03, 2007

Chiens morts

Apure comme souvent descend dans le jardin de son grand-père (qui se confond parfois avec celui de son voisin). Fin d'hiver : les troncs sont noirs, le sous-bois recouvert de feuilles brunes. Les restes mutilés d'un dogue sont éparpillés entre les arbres ; la tête d'un côté, les pattes de l'autre. Quelques mètres plus loin, autre chien, même spectacle. Apure frissonne. Puis descend de la maison un inconnu qui porte sur ses deux bras tendus deux ou trois carcasses de chien, congelées, encore striées de givre. Apure veut remonter l'allée qui mène à la rue, sortir au plus vite d'un lieu devenu visiblement hostile. L'en empêche un petit homme qui ressemble à Ernest Borgnine et porte sous le bras un fusil de chasse. "Je crois que vous en avez trop vu", lui dit cet homme, et Apure ne sait que craindre davantage, le canon double du fusil ou le regard épouvantable de l'homme. "Ne vous avisez pas de parler de ce que vous avez vu. Je saurai où vous retrouver." Apure, machinalement, s'éloigne de l'homme, sort du jardin, retrouve la rue agréable et printanière où vivait son grand-père, l'esprit noirci par une ombre terrible. "Cet homme va me poursuivre, me faire chanter, me rendre la vie lourde à vivre." Puis il se résout à un certain courage. Il ira à la police, il dénoncera ces tueurs de chien.

Autre rêve : le jardin du voisin, dans la vie éveillée un carré de terrain assez vague, prend à la nuit un vert de paradis. Des moutons broutent à la lune. Des enfants jouent dans le vallon. "Je me demande même s'il n'a pas réussi à faire entrer quelques vaches, même si c'est interdit en ville", se demande Apure.

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reede, august 18, 2006

La maison du grand-père (Ce n'est pas la première fois)

Apure a souvent rêvé que le jardin qui se trouvait — qui se trouve toujours, pour autant qu'il le sache — en bas de la maison de son grand-père était revenu à l'état de marécage. C'est encore le cas cette nuit. Apure patauge dans les herbes folles, écarte les bouts de bois ; le ciel est bas et gris. L'arrière de la maison, qui donne sur le jardin, a changé : moussu, mangé par la pluie. Une échelle de fer traverse la façade. Sur la rue, les nouveaux propriétaires ont dressé une palissade contre la grille à jour, pour ne pas voir les gens passer sur le trottoir. En levant la tête, Apure parvient à voir ce qui se passe dans la salle à manger. De grandes bibliothèques, des lampes qui donnent à l'intérieur de la maison un aspect chaleureux. Mais ce n'est plus la maison du grand-père, mort depuis quelques années.

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reede, märts 17, 2006

Homoncule

De bon matin, à la fenêtre de son appartement, Apure constate avec un intérêt qui se fait bientôt inquiétude que le voisin qui vit au rez-de-jardin est assis au milieu de la pelouse, qu'il a allumé un feu et qu'il a tracé dans l'herbe, à l'aide de quelques briques, un grand rectangle. "Mais il va construire une piscine ! se dit Apure avec horreur. C'est chose interdite !" Le voisin, sous une couverture, boit un café et ne lève pas les yeux. Bientôt arrivent dans le jardin deux jeunes femmes immenses et blondes ; suit une cohorte de curieux et une petite pelleteuse, qui commence à rogner le bord de la pelouse. Amer, Apure se retire dans sa cuisine. Il a dans des petits vases des tiges de romarin et de fenouil ; sur le bouquet de fenouil, rampe une créature à peu près grosse comme le pouce qui lui semble d'abord être une chauve souris. Mais à y regarder de près, c'est un petit homme au corps aplati et verdâtre ; il paraît se moquer d'Apure, et parcourt la tige frémissante, comme une grosse sauterelle.

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