pühapäev, Jaanuar 29, 2012

Hong-Kong Epic

Apure ne comprend toujours pas ce qui lui est arrivé cette nuit. il semble que, chargé d'un sac à dos et d'un carton de livres, et de retour du Sud avec un compagnon un peu escroc, il se soit égaré dans la gare parce que l'escroc cherchait à vider une machine à sous pour se payer le billet. Apure, tancé par les agents de sécurité, a fini par oublier son carton, ce dont il ne s'est rendu compte que bien plus tard, alors qu'il se rendait chez un ancien éditeur, au-dessus de la gare. Peu à peu Paris s'est transformé en Hong-Kong, de cela il est sûr. Chez l'éditeur, il a retrouvé nombre d'amis qui voulaient bien l'aider à récupérer son fameux carton avant que la police ne le détruise, craignant qu'il ne s'agisse d'une bombe. Apure, souffrant des jambes, avait enlevé ses chaussures et ses chaussettes, errait pieds nus dans la colline qui surplombait la gare — colline sur laquelle vivait l'éditeur, visiblement converti à l'hindouisme car le voilà qui se peint le corps de bleu et sourit tranquillement au monde. Apure redescend à la gare avec les amis, qu'il ne tarde pas à perdre de vue. Il rencontre deux curieuses enfants, toutes vêtues de rouge et coiffées de peaux de bête, en compagnie de leur père, un mendiant aux dents pourries. Il ne peut rien leur donner, se rend compte qu'il mastique (sensation familière) un énorme chewing-gum dont il se débarrasse en plusieurs temps à l'entrée de la gare. Là encore, ne prendra-t-on pas ces masses informes, orange, pour du plastic ? S'approchant du guichet de la police, Apure tâche d'expliquer son affaire. Il s'est trompé d'endroit : on est aux douanes. Dans une vitrine, des modèles de nez, de bouches, d'yeux, en cuir blanchi, semble-t-il, pour reconstituer en vraie grandeur les visages des contrebandiers. Apure ressort de la gare. Le carton est perdu, c'est certain. La ville, au soleil couchant, est d'une beauté inégalée. Paris, Hong-Kong ? Peu importe, se dit Apure, vaguement conscient d'être en train d'inventer tout cela, plutôt que de le rêver. "Un dieu !" s'écrie un passant, et s'éloigne en courant un superbe Chinois en costume ancien, la plume de paon fichée dans le casque. Apure sait que cet homme-dieu va faire surgir de la baie de Hong-Kong une nouvelle colline, un paradis sur terre. Il croise quelques-uns de ses compagnons, bredouilles, devant la gare. Voit passer, valises à la main, un couple d'amis, les rejoint. "Où allez-vous ainsi ? — À l'hôpital, l'enfant arrive", répond le mari, les larmes aux yeux. Apure, ému de même, retente sa chance à la gare. Un escalier le conduit dans de curieuses entrailles : une petite salle de bain en plastique, posée dans un atelier ferroviaire souterrain, immense, plongé dans une ombre qui pourrait être menaçante. Mais Apure, enfermé dans la salle de bain, écoute des conversations venues d'il ne sait où (la femme des toilettes et une autre personne, sans doute), et se sent, tout nu qu'il est, en sécurité.

laupäev, Jaanuar 07, 2012

Un zoo

C'est un zoo d'animaux miniature, en pâte à modeler, semble-t-il, ce qui ne les empêche nullement d'être vivants et affamés. La plupart sont curieusement accouplés : une sirène sur le tigre, un lapin sur l'éléphant. Apure les appâte d'une saucisse très molle : ils se ruent sur la chair et la sucent, la tètent jusqu'à mordiller les doigts d'Apure. Les rougeurs malsaines de leurs bouches disparaissent. Il y a parmi eux deux animaux d'aspect plus ordinaire, qui se nourrissent également.

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neljapäev, Detsember 22, 2011

L'indésirable

Apure a été invité au Japon, chez une amie ; sur la banquette arrière d'une voiture, il tourne avec ravissement dans le quartier où il va demeurer quelques jours. L'ombre portée par une maison, au coin de la rue, lui fait voir un village d'ombre. Il est heureux comme rarement, se demande, béat, comment l'auto avance dans les rues sans chauffeur, évitant même une ambulance où deux infirmiers sont en train d'enfourner une femme sur le point d'accoucher. Plus tard, chez l'amie, aux toilettes, Apure se vide les intestins, chiant notamment une cordelette à nœuds d'un bon mètre de long lorsqu'arrive le mari, furieux de sa présence. Cris dans la maison. Puis le mari ouvre la porte des toilettes. "Je vous en prie, je vous en prie", gémit Apure, les mains croisées sur le bas-ventre. L'homme, un grand brun d'une cinquantaine d'années, montre le poing et referme la porte. Apure pleure, humilié.

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teisipäev, Oktoober 04, 2011

Twister dans les vallées

Après un épisode confus où, sous les yeux d'Apure, les morceaux d'un corps coupé en morceaux reconstituent un individu vivant, voilà notre homme dans la cuisine d'une maison de campagne. Des expériences culinaires curieuses laissent des traces indésirables sur la cuisinière, qu'il part sans nettoyer. Au village, un ennuyeux crachin se met à tomber. Lorsqu'il est l'heure de rentrer, Apure trouve l'horizon bien sombre. Un énorme orage a recouvert toute une partie de la vallée. Un orage ? Pire encore, une tempête où se sont formés plusieurs tourbillons qui, de loin, ressemblent à des visages. Apure voudrait bien téléphoner, prévenir de cette menace croissante, mais, sous la pluie, il n'arrive pas à composer le bon numéro. Une enfant qui fuit s'extasie : "Quel beau téléphone !" Inutile, pourtant. De plus en plus inquiet pour les siens, Apure avance sur la route lorsqu'une puissante rafale abat plusieurs arbres. Une voiture explose. La route est certainement impraticable. Sous un ciel noir et traversé de formes terribles, Apure bat en retraite. Bien lui a pris : un immense navire de croisière (mais d'où vient-il, celui là ?) glisse, en feu, sur la route. Apure se rue vers les champs boueux, cette sotte pensée à l'esprit : "Ce ne peut être un rêve." C'en est un pourtant, qui finit à l'instant même.

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neljapäev, September 29, 2011

Trou noir

Apure va au Japon (c'est une donnée du monde réel, de même). Le voilà à l'aéroport. Puis dans une station de métro, un soir, à Tokyo. Entre-temps, tout a disparu. Il ne se souvient plus du voyage en avion, dont il se faisait à l'avance un plaisir. Il ne se souvient pas non plus d'avoir bu ou pris un somnifère, mais dormi, ça, oui. Et le sommeil a mangé tout le reste. C'est peut-être, se dit-il donc, un palimpseste circadien, bien que cette expression n'ait aucun sens.

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esmaspäev, August 15, 2011

Japon impossible

Apure retourne au rêve, sans doute magnétisé par les Monts métalliques, non loin desquels il séjourne. Après une série d’épisodes fous dont il ne se souvient presque pas, mais d’où surgit de temps à autre, alors qu’il est éveillé, une vision menaçante (il est notamment question d’une chambre jaune et d’un homme qui le poursuit, mais aussi d’un voyage en Polynésie), vient cette séquence. Apure enfin retourne au Japon. Mais il lui faut d’abord retrouver sa valise, qu’il a laissée à la gare du Nord. Après quelques fausses pistes, le voilà aux Lilas, où il retrouve avec un curieux bonheur la vallée dans la ville dont il a si souvent rêvé. À flan de colline, des hommes fauchent l’herbe. Hirsutes, sales, ils sont dirigés par une femme assise sur une pierre. L’un d’eux saisit Apure par la cheville tandis qu’il s’approche de la femme pour lui demander où se trouve la station de métro Lilas. Un peu plus tard, il descend dans le puits sans fin de la station et finit par se retrouver, bagage en main, au bord d’une autoroute. Il est en retard, va manquer son avion : taxi ! Aucun ne s’arrête. Apure monte enfin dans un bus géant — un véritable terminal roulant — qui devrait le conduire à l’aéroport. Mais là aussi, les choses se gâtent. Le bus s’arrête sans cesse. Il semble que le personnel fasse grève. Des passagers protestent. Un couple japonais est débarqué sans autre cérémonie au bord de la route, pour s’être manifesté avec trop d’insistance. Apure, accablé, se met à sangloter ; son voyage est compromis. Une femme le console comme elle peut. Un jeune couple athlétique exhibe un nourrisson nu, ravissant, les yeux clos, et Apure se dit que le voyage pourrait bien le tuer. Il ne reste plus qu’une demi-heure maintenant avant le décollage et le terminal roulant n’avance plus. Une hôtesse japonaise renseigne Apure sur la nature de son billet. Feuilletant un épais manuel de procédure, elle lui explique que le billet n’est pas échangeable, après lui avoir donné de faux espoirs.

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esmaspäev, Jaanuar 10, 2011

Neige rouge

Fin du rêve : le train blindé par lequel Apure voyage s'arrête en rase campagne, pour un changement de locomotive. Lumière de février sur les champs, joyeuse humeur des quelques autres passagers. Apure s'éloigne en compagnie d'un paysan qui lui tient des discours énigmatiques sur les coutumes locales. Il a à la main un petit objet noir et lourd, pourvu d'une poignée de métal et de deux boutons amovibles. Le paysan le conduit jusqu'à un terrain d'atterrissage recouvert de neige. Sous la neige rougeoient les lueurs des signaux d'approche. Il fait froid soudain, et nuit ; dans le ciel tournent des dizaines d'avion de chasse. Une femme en uniforme s'approche d'Apure et tend la main, sans rien dire. Il faut lui remettre l'objet, dont Apure, sottement, a détaché les boutons. Elle repart avec son petit butin ; Apure la rappelle. Lui lancer les deux boutons de quartz noir ? Elle pose la main sur son pistolet, se retourne, secoue la tête. Puis entre dans une guérite où elle s'assied, jambes écartées, devant un autre soldat. Le reste de la troupe a pris en chasse le paysan, l'a abattu. Apure se demande s'il va connaître un sort semblable et s'éloigne, le pas lent, cependant, et sans inquiétude particulière.

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kolmapäev, Detsember 22, 2010

Tout quitter

Apure est en vacances à l'étranger et en famille. Un bungalow en terre lointaine et tropicale. Cependant approche une catastrophe à la forme incertaine. Il va falloir partir. "Fais tes bagages", le prie sa mère. Étaient-ce seulement des vacances ? Apure a transporté toute sa bibliothèque. Il lui faut maintenant trier entre l'indispensable et le futile. Cependant que la situation se dégrade. Mer et ciel sont jaunes, lourds. Des boules de feu explosent au lointain. Les touristes sont poursuivis par d'étranges phénomènes. Une pluie de sang éclabousse Apure, dont les membres gonflent et se déforment brièvement. Plaie suivante, l'eau bout. "Que va-t-il advenir de la salive dans ma bouche ? se demande Apure. Vais-je mourir brûlé de l'intérieur ?" Fébrilement il entasse sur le sol de terre battue les livres et les disques qu'il veut sauver. Un homme passe, une bouteille de soda à la main. Apure se sent à la fois accablé et heureux.

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esmaspäev, November 22, 2010

Encore une fin du monde

Apure et quelques-uns de ses amis attendent à l'hôtel, plutôt gaiement, ce qui semble être une nouvelle glaciation. On prépare les sacs à dos, les couvertures de sécurité. "Tu fais le coquet", s'amuse un des amis, parlant des bottes d'Apure, richement brodées, à la mongole. L'alerte générale ne venant toujours pas, la compagnie se disperse. Apure, cherchant les toilettes, se retrouve dans la maison de son grand-père, mort depuis bientôt dix ans. Les portes sont encore au bon endroit, à peu de choses près. À l'étage, dans une lumière blême, il aperçoit, du palier, le lit défait de son aïeul, la couverture orange et rouge. Cependant, un autre lit a été dressé dans la salle de bains. Sur le point de s'y enfermer, Apure constate sans grande surprise qu'une troisième couche (ou, qui sait, le même lit) a été poussé dans le vestibule. Son grand-père y sommeille, le visage creusé. Puis ouvre les yeux, reconnaît Apure, lui sourit faiblement.

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pühapäev, November 21, 2010

Acedia

Apure rêve de nouveau — ne sait pour combien de temps. Cette nuit, longuement, il a vécu (ou lu, il ne sait trop) ce qui lui a semblé être le plus mauvais roman jamais écrit, sombre histoire d'épidémie fatale et de bandits haineux dont le titre était, donc, Acedia. Au réveil, la structure était claire et il aurait dû, l'imbécile, la noter alors. Deux heures plus tard, ne survivent que quelques images : un combat de vers géants dans une clinique où survit un malheureux écorché, qui se tord de douleur et d'effroi ; deux enfants dans leurs sièges auto, saisis par la maladie qui attaque également, dans un appartement citadin, Apure et deux ou trois femmes dont les paumes se couvrent de pédoncules semblables aux tendrons d'une anémone de mer. Puis une fuite désespérée dans un aéroport, des mitraillages impitoyables dans des impasses sombres, et une réunion chez l'éditeur : "C'est vraiment, dit Apure, ébahi et méprisant, le pire tas de merde que vous ayez jamais publié", ce que l'éditeur ne peut nier. Rentrant chez lui en métro, Apure aperçoit sur le quai une très belle femme nue qui court, affolée, deux soutien-gorge sur la tête.

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reede, Aprill 23, 2010

Bouillie de rêve

Peu surnage de ce rêve dont Apure a le sentiment qu'il était riche en recoins et en bonnes et mauvaises surprises. Le cadre général était celui d'un immense hôtel décoré de nombreuses statues de bois peint (dans un style pseudo-bavarois). Apure se souvient d'une sculpture confectionné à l'aide de pièces de meccano en bois, d'une chambre immense qui hébergeait plusieurs scientifiques iraniens et barbus, dont l'un au moins n'était vêtu que d'une serviette nouée autour des reins, d'une promenade autour de l'hôtel avec un ami cher ("Mais pourquoi ne pas aller se baigner", a demandé l'ami alors qu'ils passaient tous deux à proximité d'un bassin ou pataugeaient des enfants, sous la pluie — mais oui, la pluie de Berlin). Enfin, d'une soirée à l'hôtel où Apure a revu l'ami perdu, impérieux et glacial, au milieu d'autres amis plus joyeux, et il a fallu présenter les uns aux autres dans un constant tremblement. 

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esmaspäev, Märts 29, 2010

L'étudiant itinérant

Après un rêve montagnard dans lequel Apure en compagnie de sa mère escalade un monticule qui se fait pic, abat la croix qui en marque le sommet et ne sait plus redescendre, il se rend en cours, redevenu étudiant. La salle est toute en longueur et les étudiants n'ont pas de table. Apure, cancre, commence par s'asseoir au fond, mais la salle est si étrangement faite qu'on ne voit pas le professeur, une vieille dame à la chevelure ébouriffée ; Apure revient vers le milieu, s'installe près d'une jeune femme. La salle est un train : le paysage, écossais, défile pendant le cours. On s'arrête pour laisser monter d'autres étudiants. Lors d'une de ces escales, Apure et sa voisine plongent le regard dans un dortoir de jeunes hommes, qui ont accroché des serviettes de bain à leurs fenêtres pour éviter, justement, qu'on les épie. Mais les serviettes sont tombées. Apure s'inquiète du retour en ville et demande à sa voisine si le train doit revenir à son point de départ.

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pühapäev, Märts 28, 2010

2010

Apure revient avec un rêve apocalyptique dont il s'est éveillé imprégné. Le monde disparaissait le lendemain, les terres noyées sous un déluge tranquille. Aucun événement dans le rêve lui-même : Apure, quelques heures, y prenait tristement congé du monde, en se demandant à quoi ressemblerait la fin.

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kolmapäev, Jaanuar 20, 2010

Ne pas mourir dans son lit

Apure somnole, couché dans son lit, quand surgit à son chevet un jeune homme blond, américain sans doute, à l'entendre parler. "Qu'est-ce que vous faites là ?" demande Apure, indigné ; l'autre sort de sa poche un petit porte-monnaie carré qu'il ouvre et dont il montre l'intérieur, vide, à Apure. Il l'aurait laissé dans la chambre la veille au soir, et l'argent qu'il contenait aurait disparu. "Et il faut bien qu'il soit quelque part, non ?" Le garçon se penche sur Apure, l'air mauvais ; puis commence à l'étrangler, froidement et sans colère. C'en est fini de la vie, se dit Apure, qui n'arrive pas à se défendre.
Cependant le rêve continue dans une autre direction. De retour chez lui, une sorte de cabane élaborée au bord d'une route, à la campagne, Apure constate qu'on s'est introduit chez lui. Juste à côté de la cabane, des ouvriers sont en train de monter une grande structure noire. S'y dérouleront prochainement des représentations de cirque contemporain. Apure cherche l'intrus dans ses murs : c'est une grande jeune femme dont le bras droit est couvert de sang. En travaillant chez lui, explique-t-elle, elle s'est blessée, a perdu beaucoup de sang. Mais qu'est-elle venue faire, elle aussi ? Finir, dit-elle, une mise en page qu'Apure avait laissé inachevée.
Apure suit la jeune femme dans les profondeurs de sa maison, jusqu'au studio, installé dans une immense grange. Les uns après les autres, arrivent les collègues artistes de la fille. L'un sur un poney mécanique, le deuxième déguisé en cheval, l'un encore tenant les rênes d'un petit attelage de chevaux de fer-blanc.

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kolmapäev, November 04, 2009

Un vol transparent

Ce fut court, mais Apure a rêvé d'un rivage au grand soleil ; de minuscules oiseaux translucides volaient en nuées dans le ciel. C'étaient de très jeunes pélicans, dont ils avaient la forme — ou bien de très grosses libellules.

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laupäev, Oktoober 24, 2009

Petit éléphant

L'activité du rêveur Apure s'était faite très rare ces derniers temps. Le voilà qui se souvient à nouveau de ses travaux nocturnes. Ainsi, la nuit dernière : marchant sur une route poussiéreuse avec quelques amis, Apure a croisé une troupe d'animaux échappés sans doute d'un zoo. Gris de poussière, eux aussi : un rhinocéros, un crocodile, des fauves. Parmi eux, un éléphanteau que suit un lionceau ; les amis s'attendrissent et Apure de même. Les appareils photo sortent. Cependant l'éléphanteau ne cesse de rétrécir, et les amis, qui s'impatientent, reprennent la route. Apure reste avec le minuscule animal, que lèche maintenant un chaton. Bientôt, il peut même le prendre dans le creux de sa main, où l'animal se rétracte comme un insecte apeuré.

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pühapäev, Juuli 12, 2009

It is forbidden to use this phone

Apure explore Paris et ses environs — peut-être — en compagnie d'une amie ; une promenade en banlieue lointaine leur donne l'occasion d'essayer les nouvelles rames du RER, qu'Apure, usager las des transports en commun, est bêtement ravi de découvrir. Ce sont d'ailleurs de vrais petits bars roulants que ces nouvelles rames, avec des femmes en uniforme qui servent des jus de fruits et des croissants. Ce train neuf les mène dans un désert parsemé de casemates en ruine. Apure et son amie, l'esprit aventureux, les explorent les unes après les autres. Dans l'une d'elles, un vénérable téléphone prend la poussière. "It is forbidden tu use this phone", assène une petite pancarte posée près de l'appareil. Un passant a dessiné sur cet avertissement le visage épais et rude d'un homme, repris de justice ou, se dit Apure, agent du FBI.

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kolmapäev, Juuni 03, 2009

Cervelle cuite

Les planchers dans la maison que visite Apure en sont jonchés, et l'aspect l'en hante jusque dans le réveil, désagréablement. Mais qu'était-ce ? Asticots, hachis de cervelle cuite — la maison, noire et vide, fournit une scène plausible à quelque crime atroce ? Crosnes bouillis, se dit Apure, avec l'impression ennuyeuse d'avoir laissé derrière lui la partie la plus intrigante du rêve.

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reede, Mai 08, 2009

Oiseaux bleus

Quelques curieuses séquences cette nuit, mais dans quel ordre, impossible à dire. Apure est avec son oncle dans Paris ; une énorme panne d'électricité paralyse la ville, affectant aussi, semble-t-il, les batteries des automobiles. La voiture de l'oncle ne roule plus, et il faut cependant bien rentrer. Ils s'engagent en roue libre sur une bretelle d'autoroute à la descente vertigineuse. Au bout du voyage, Apure, épuisé, se réfugie dans une salle d'hôpital. Il a insupportablement froid, croise des enfants malades, bien plus épuisés que lui. Une autre bribe le voit dans la maison de son frère, aux murs bleus. Seule la chambre des enfants est meublée. Il est aussi acteur dans une scène d'angoisse, sans doute empruntée à un film. Il vit avec d'autres personnes dans un exil cosmique. L'une de ses compagnes d'infortune brandit un téléphone portable : il sait que la conversation qu'elle va avoir avec le monde extérieur va leur montrer qu'au lieu de vivre dans quelque station intersidérale et pionnière, ils n'ont jamais quitté la terre. Pour finir, il est en voyage à Marseille. Le nouveau train monorail les emmène sur la côte ; le temps est curieux, entre tempête et grand soleil. Il traverse d'abord le quartier des tours, puis la décharge, tas ignoble qui brûle lentement, en dégageant une fumée toxique. Du monorail, Apure et ses compagnons font des signes d'encouragement aux voisins de la décharge, en grève de la faim sur le site. Puis le monorail dépose ses voyageurs sur une île sombre. Une rue de village ancien, des maisons désertes, des oiseaux qui volent près des murs, oiseaux d'un bleu si profond que l'oncle — il se peut que l'oncle soit aussi de ce rêve, ainsi bouclé — demande s'ils n'ont pas été peints par des artistes locaux.

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esmaspäev, Aprill 20, 2009

Littérature

Apure est convié à une lecture publique en plein air. Qui lit ? Il ne s'en souvient pas — ou peut-être tout simplement ne reconnaît pas l'auteur, dont la voix résonne agréablement au soleil couchant, se dit Apure, qui se promet de retenir l'adresse. Il étudie du regard l'assistance : qui peut-il nommer, qui connaît-il ? Après la lecture, on cause littérature, et les esprits s'échauffent. Un membre de l'association allume un pétard ; un autre finit par balancer au milieu de l'auditoire une bombe lacrymogène. Ça pleure. Apure signe le cahier d'émargement, paie sa cotisation de 48 euros et s'en va seul, le cœur vaguement lourd, dans le parc, le long de la pente herbeuse qui le ramène en ville. 

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pühapäev, Aprill 19, 2009

Joie orageuse

Apure, de la maison de son grand-père, regarde par la fenêtre un orage fondre sur le quartier. On traîne dans la rue un homme dans un lit d'hôpital, avec potence et goutte-à-goutte, et Apure avec une joie terrible se dit que la potence va attirer la foudre ; dans un fracas atroce, c'est effectivement ce qui se passe tandis qu'il a le dos tourné. Une curiosité aiguë le fait revenir à la fenêtre — il veut voir. Il voit : le lit frappé par la foudre, et ce qui reste de l'homme foudroyé, une forme étrange couleur de sabayon au café, les membres étirés, les mâchoires ouvertes. Apure est horriblement content : n'est-ce pas une vision unique ! Sortant de chez le grand-père, il prend un bus et de son siège voit, dans la rue, une infirmière tituber sur le trottoir, puis s'écrouler. Mais où va-t-il à présent, et comment arrêter le bus, dont il est le seul passager ?

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La mouche

Apure se retrouve, pense-t-il, en voyage organisé à Madrid. Mais plutôt que de suivre ses camarades de groupe (il n'en connaît d'ailleurs aucun), il part seul dans la ville, incompréhensible et humide. Quittant les rues, il descend les terrasses confuses d'un grand jardin qui donne, au loin, sur une de ces collines urbaines dont il rêve souvent ; cette ville, entre autres, lui est familière. Au pied des terrasses, une anse marine où balance une barque. Bourdonne au-dessus de la barque ce qui semble une énorme mouche verte. Apure s'approche, stupéfait, nauséeux. Mais la mouche géante n'est qu'une sorte de héron aux plumes vert sombre, hirsute. Apure rassuré voudrait bien le prendre en photo. L'oiseau s'envole et disparaît. Apure se rend compte qu'il a de la boue jusqu'à la ceinture et qu'il va bien falloir maintenant sortir de ce mauvais pas.

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teisipäev, Märts 31, 2009

La baleine sous la glace

Apure a fait la nuit dernière un rêve colossal, une vraie baleine blanche — dont il ne se rappelle plus rien au matin, si ce n'est qu'il l'a fait. Le rêve lui passe sous le nez sous une couche de glace polaire ; il le cherche sans rien retrouver une bonne partie du matin. Une pente — voilà, une pente, il ne se souvient que de la pente, grise, qui peut être celle d'un talus ou d'une rue descendant vers la mer.

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pühapäev, Märts 15, 2009

Echelle

Apure cette nuit s'est perdu à l'aéroport de Seattle — l'avion s'était visiblement engagé sur une voie de garage. Apure en est descendu et a cherché la sortie sans jamais la trouver. Il a fini dans une décharge, sous un pont ; une jeune femme en tailleur triait des objets consommables, des fruits et aussi des livres. Puis dans une autre partie du rêve, il a grimpé l'échelle du ciel. Dans le cosmos étoilé, cette échelle se compose de longues bandes blanches espacées de trois mètres environ, et l'on peut sauter de l'une à l'autre. Où va-t-on ainsi ? Au bout de l'univers, s'est dit Apure qui s'est alors rendu compte qu'il se rêvait après la mort.

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neljapäev, Veebruar 26, 2009

Ennuyeuse récurrence

Apure est retourné la nuit dernière chez le fameux ami, qu'il ne se souvient pas, cependant, d'avoir vu dans le très vaste appartement qui semblait être le sien. Mais un jeune homme au joli visage percé en deux endroits — lèvre, nez — qui sans doute était le fils de l'ami, et nombre de domestiques — majordomes, régisseurs. Apure et un autre de ses amis se sont vu attribuer une chambre immense ; sur les lits, des pyjamas de soie étaient élégamment disposés. 

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laupäev, Veebruar 14, 2009

Dîner chez l'ami perdu

Apure, dans un vestibule luxueux, un sac en plastique à la main, discute avec l'ami perdu, particulièrement affable, et un autre invité, puis avec la femme de l'ami. Apure est indécis et ne pense déjà qu'à repartir. L'ami montre les chambres qu'ils pourront occuper le soir, s'ils le souhaitent. "Oh, je crois que je rentrerai ce soir", dit Apure. "Tu sais, les rues, par ici, ne sont pas très sûres." Un autre rêve s'intercale : Apure traverse une immense cité baignée dans un soleil de fin de journée ; "Tu sais, dit-il à l'ami, je viens d'aller à ***, et c'est quand même autre chose."On passe à table ; Apure a la surprise d'y retrouver sa mère et son grand-père, à côté duquel il est assis. Sur les assiettes sont posées des cahiers de dessin, que le grand-père regarde avec intérêt. La mère et les amis de l'ami discutent de choses et d'autres ; Apure est inquiet. L'ami a disparu : il est sans doute à la cuisine, d'où arrivent de temps à autre des plats extraordinaires, dont une sorte de magret de canard accompagné de spaghetti bleus. 

Dans une autre partie de la nuit, Apure décide d'aller au nouveau musée de Berlin, l'Athaneum. Un ami berlinois le conduit en voiture jusqu'en haut de la colline. De là-haut, la vue est extraordinaire. L'Athaneum est un bâtiment de bois, de forme ovale, construit à quelques dizaines de mètres de la côte. La mer luit sous le soleil et de son promontoire Apure voit des cohortes de visiteurs affluer vers le musée. 

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pühapäev, Jaanuar 18, 2009

Fumez Ulysse

Apure a trop dormi et cherche, dans la grande maison qu'il partage apparemment avec amis et famille dans une ville inconnue, la salle à manger ; il a faim. Ceux de ses amis qu'il croise dans les couloirs sont hostiles ou indifférents. Dans la cuisine, une table de petit déjeuner est dressée. Quelqu'un a laissé une cigarette mal éteinte à même la table. C'est une Ulysse, une cigarette à bout cerclé d'or et de bleu-vert. Sous le porche, Apure hèle l'un de ses meilleurs amis. "C'est toi, n'est-ce pas, qui fume des Ulysse. Tu pourrais tout de même éviter de les écraser sur la table du petit-déjeuner." L'ami ne répond que par un grognement malaimable.

Apure se souvient aussi d'avoir descendu un très grand nombre d'escaliers numérotés, échappant sans doute au feu ou à quelque autre catastrophe par les sorties de secours d'un gratte-ciel.

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teisipäev, Detsember 23, 2008

Pays de montagne

La nuit dernière, Apure a visité encore ce pays imprécis fait de montagnes et de villages épars, et s'il fallait lui trouver une source dans la vie réelle, Apure dirait qu'il s'agit sans doute du mélange subtil de la Chumava, au sud de la Bohème, un Jura tchèque en quelque sorte qu'il a visité autrefois, et de la Mongolie idéale des films et des tableaux de l'époque soviétique. De cette visite Apure se souvient de deux choses : dans la forêt, il trouve, en compagnie de sa mère, un distributeur à épices (elles sont scellées dans des boules de plastique transparent et stockées dans une grande urne en verre) ; puis il arrive au village. On a construit dans sa périphérie des lotissements en béton peint, de trois ou quatre étages, plantés solitaires à flanc de colline. Apure les trouve curieusement effrayants. Les formes sont presque organique, la peinture épaisse et rouge sombre. 

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esmaspäev, Detsember 08, 2008

Dans le métro, avions

De la nuit, juste un lambeau : Apure doit héberger deux amies dans une chambre qui n'est même pas la sienne ; "Comment vais-je faire ?". Il y a deux matelas assez propres ; les murs, blancs, sont ornés de tentures multicolores suspendues telles des rideaux. La lumière vient d'une grande fenêtre.
Puis, réveillé, mais s'assoupissant dans le métro, trente secondes à peine. Apure voit ceci : dans le soir, des avions partent les uns après les autres ; on voit monter leurs phares énormes et rouges. Ce n'est pas vraiment un rêve ; quelle partie du cerveau, Dr Jouvet, s'est mise en action ?

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pühapäev, November 30, 2008

Attentats

Il se peut bien que ce rêve-là commence dans une maison de vacances ; Apure ne sait que mettre dans son bagage et finit par prendre un bus, qui se contente de faire le tour de Paris. Apure voyage, semble-t-il, en compagnie, sans bien savoir laquelle. L'humeur qui était à la joie s'assombrit soudain : il y a eu des attentats dans Paris. Tous les voyageurs descendent : ils n'ont plus qu'une envie, trouver un journal, une radio, une télévision allumée, et avoir des précisions sur ce qui s'est passé. Des fumées noires s'élèvent en deux ou trois points de la ville. Apure a le cœur horriblement serré. Il est descendu, lui aussi, et a pris un taxi qui va droit vers la mer : le véhicule est amphibie. Des avions passent au-dessus d'eux. De la mer, vaste et calme, la ville paraît indemne. Un grand nuage noir tranche encore sur le ciel. Le taxi ballote sur les flots et s'avance — non sans difficulté — vers une station d'essence également amphibie. Le chauffeur se retourne vers Apure : "Tout va bien ?" "J'ai le sentiment que la porte n'est pas complètement étanche." "Ne vous inquiétez pas." Oui, pourquoi s'inquiéter ? Le taxi tangue doucement. Apure a retrouvé sa tranquillité. Enfin paraît, à la nage, le pompiste, un tout jeune homme. 

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