laupäev, september 16, 2006

Tornade sur la ville

En plantant un clou au mur dans son nouvel appartement, Apure provoque une fuite d'eau. Il a percé un tuyau que l'architecte avait négligé d'insérer dans le mur. Apure court dans l'appartement à la recherche du compteur ; il faut fermer l'eau. Ce qu'il finit par faire. Mais le reste de l'appartement n'est pas en bon état ; il y a une autre fuite au plafond et Apure sort sur la coursive (l'appartement est situé dans une résidence d'architecture sans doute post-moderne) pour essayer de retrouver les habitants de l'appartement du dessus. Il y a nombre d'enfants parlant anglais. Apure sort dans les rues de Paris, pieds nus, roulé dans une couverture. Il médite sur son destin : n'est-il vraiment pas fait pour l'amour ? Ne peut-il se forcer un tout petit peu ? La franchise de ces questions l'effraie.
Le nouvel appartement se trouve dans un nouveau quartier de Paris, une marina bâtie sur la Seine - ou est-ce la mer, et Apure n'est-il pas à New York ? Il marche jusqu'au bout du XXe arrondissement, là où la ville se transforme en campagne. Il a souvent rêvé de cette grande colline sauvage qui longe les maisons. Le pont surplombe des petits jardins et des maisons gaiement colorées. Apure descend vers la lande et y rencontre ses parents et son jeune frère, tels qu'ils étaient il y a plus de 25 ans. Ils visitent ensemble un château secret, orné de sculptures en stuc peint. Le petit frère s'ennuie et pleure.
En sortant du château, Apure conseille un repli stratégique. Un nuage de tempête s'accumule sur le fond de la vallée. Il est noir-violet, bat comme un cœur, ou comme une méduse, et lèche les maisons. Une colonne plus sombre apparaît en son milieu. La tornade cependant meurt avant d'avoir vraiment commencé.

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esmaspäev, aprill 24, 2006

On the road

Apure, après avoir regardé une comédie américaine des années 30, avec Carole Lombard (grande en son panthéon) et Fred McMurray, Hands across the table (qui pourrait aussi s'appeler Comment ne pas épouser un millionnaire), fait un premier rêve héroïque. Il discute avec son jeune frère dans la cuisine de l'appartement de ses parents, qui donne sur l'entrée de l'immeuble, lorsqu'il voit approcher tout un groupe de militants d'extrême-droite, ceints d'insignes et portant banderoles. Ils viennent, se dit-il, faire du porte à porte. Apure sort de l'appartement ; les militants sont dans le vestibule. "Fichez le camp !" Il lève les bras et commence à hurler."Hou ! Hou ! " D'autres membres de la famille se joignent à lui et les militants en grommelant sortent du vestibule. "Mais vous ne savez pas qui nous sommes !". Voilà un rêve, se dit Apure, qui vous fait sentir courageux à peu de frais.

Plus intrigant : Apure se remet au vélo. Mais celui qu'il a trouvé n'a pas de freins ; il l'essaie sur le parking de la résidence de ses parents (qu'il n'habite pourtant plus depuis des années), et manque écraser quelques passants. Un peu plus tard, il retrouve, sur le canal qui passe en contrebas du parking, quelques personnes de sa connaissance, déjeunant à bord d'une petite péniche. "En route !" La péniche traverse des paysages comme Apure, nostalgique, les aime — mi campagne, mi ville. Dans la cabine, on discute, on mange et on rit. Bientôt la nuit tombe ; apparaît à l'horizon un nuage en forme de poisson, aux liserés colorés. Apure est heureux. La péniche fait escale dans un village désert ; Apure et ses compagnons, qui ne sont plus que deux (une collègue et un homme plus âgé qu'Apure n'identifie pas), s'installent dans une grange où sont dressés deux lits sommaires (ceux-ci sont peut-être une réminiscence de Hands across the table, où Fred McMurray, millionnaire ruiné, passe quelques nuits sur le canapé du salon de Carole Lombard, manucure sans le sou qui cherche à épouser un millionnaire encore doté). Tandis que les compagnons dorment dans le même lit, Apure ne trouve pas le sommeil. Ses deux chats, du voyage, ne cessent de sortir de la grange, et ceci l'inquiète : s'ils se font écraser ? S'ils se font manger par des renards ? Il est difficile de condamner la porte. "Mais viens dormir !" insistent les autres. Apure, à la porte, regarde le village noyé dans la nuit. Les chats reviennent, marchant sur leurs pattes arrières, et lui parlent. "Que crains-tu ?" Les deux sont des enfants qu'Apure a connu autrefois.

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pühapäev, aprill 16, 2006

Le pont

Apure est, comme souvent ces derniers temps, en vacances avec ses parents. Ils suivent une cohorte de voiture sur une route de montagne enneigée, quelque part dans les Rocheuses. Le père grogne ; il a les embouteillages en horreur. La famille finalement se sépare ; chacun tentera sa chance de son côte, les uns à pied, les autres à vélo. Apure prend sa bicyclette et continue sur le bord de la route. Le vent souffle ; et quoique le ciel soir bleu, il neige. La route se fait étroite ; il faut descendre de vélo. Derrière Apure circulent une troupe de Français qui parlent à voix basse. Apure parvient finalement au pont coupé. Sous le pont, une équipe de sauveteurs est en train de sortir des eaux glauques une femme tombée par dessus la rambarde. Apure insulte ceux qui le précèdent : "Vous n'avez pas honte de vous repaître de ce spectacle affreux ?" Ils lui répondent dans un mauvais anglais, et se moquent de lui."Bastards", hurle Apure, et quelques insultes plus salées encore, dans son meilleur anglais.

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