teisipäev, september 30, 2008

Les petits frères grandissent

Dans une ville envahie par la pluie — les rues sont battues durant tout le rêve par une averse morose, l'eau rentre dans les maisons, les caniveaux débordent —, Apure a des aventures confuses. Il pose le pied sur une plage de boue noirâtre, et remonte sur le parapet, dégoûté ; il essaie de circuler en voiture, mais le temps est trop épouvantable, et se voit proposer un splendide vélo. À l'un de ses amis (car Apure est en bonne compagnie), le vendeur propose une grosse trottinette. "Mais elle est pourvue d'un changement de vitesse, monsieur !" Dehors, des vélos-taxi transportent des clients trempés dans des gros sièges enfant, de métal laqué vert. Puis, dans la maison où ils sont reçus, Apure croise son jeune frère, qui depuis leur dernière rencontre a grandi d'au moins trente ou quarante centimètres. Au bout de ce corps immense, le frère a gardé sa tête d'adolescent chevelu. Apure est ébahi.

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pühapäev, aprill 27, 2008

Vélo fleuri

Apure est dans sa chambre, dort, rêve, sans doute. Quelqu'un pousse la porte de la chambre et pendant un moment, Apure se demande s'il ne s'est pas vraiment réveillé — mais c'est impossible, car la chambre dans laquelle il a ouvert les yeux est celle de son enfance. Une silhouette apparaît dans l'embrasure de la porte. "C'est moi, c'est ta cousine. Je peux te parler ? J'ai quelque chose d'important à te dire." Apure péniblement s'extrait de ces ambiguïtés et reconnaît qu'il est bien dans le rêve. Suit-il sa cousine là où elle veut le mener, entend-il son secret ? Au dehors de sa chambre le voilà chez l'un de ses oncles, qui organise visiblement une grande réception. Le décor du grand salon est vieillot, charmant ; des dames et messieurs d'un autre âge saluent Apure, qui ne les reconnaît pas, mais salue en retour. Avec quelques membres de la famille, retrouvés dans la foule, il décide d'aller faire quelques courses pour augmenter les réserves de l'oncle. Après le paysage de campagne, ras, lumineux, voici la ville, quartiers gris, béton déjà noirci. Apure sort son vélo du coffre de la voiture et descend sans difficulté les escaliers qui conduisent au supermarché. Son père, qui est de la partie, le regarde avec un amusement critique. "Ça ne va pas ? — Tu es bizarrement vêtu", dit le père. Apure qui porte des jeans et un pull-over gris s'étonne de l'ironie paternelle. Puis considère le vélo, dont tout le cadre est recouvert d'un revêtement qui imite l'aspect d'une pelouse fleurie. "C'est en effet d'un goût étrange."

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esmaspäev, aprill 24, 2006

On the road

Apure, après avoir regardé une comédie américaine des années 30, avec Carole Lombard (grande en son panthéon) et Fred McMurray, Hands across the table (qui pourrait aussi s'appeler Comment ne pas épouser un millionnaire), fait un premier rêve héroïque. Il discute avec son jeune frère dans la cuisine de l'appartement de ses parents, qui donne sur l'entrée de l'immeuble, lorsqu'il voit approcher tout un groupe de militants d'extrême-droite, ceints d'insignes et portant banderoles. Ils viennent, se dit-il, faire du porte à porte. Apure sort de l'appartement ; les militants sont dans le vestibule. "Fichez le camp !" Il lève les bras et commence à hurler."Hou ! Hou ! " D'autres membres de la famille se joignent à lui et les militants en grommelant sortent du vestibule. "Mais vous ne savez pas qui nous sommes !". Voilà un rêve, se dit Apure, qui vous fait sentir courageux à peu de frais.

Plus intrigant : Apure se remet au vélo. Mais celui qu'il a trouvé n'a pas de freins ; il l'essaie sur le parking de la résidence de ses parents (qu'il n'habite pourtant plus depuis des années), et manque écraser quelques passants. Un peu plus tard, il retrouve, sur le canal qui passe en contrebas du parking, quelques personnes de sa connaissance, déjeunant à bord d'une petite péniche. "En route !" La péniche traverse des paysages comme Apure, nostalgique, les aime — mi campagne, mi ville. Dans la cabine, on discute, on mange et on rit. Bientôt la nuit tombe ; apparaît à l'horizon un nuage en forme de poisson, aux liserés colorés. Apure est heureux. La péniche fait escale dans un village désert ; Apure et ses compagnons, qui ne sont plus que deux (une collègue et un homme plus âgé qu'Apure n'identifie pas), s'installent dans une grange où sont dressés deux lits sommaires (ceux-ci sont peut-être une réminiscence de Hands across the table, où Fred McMurray, millionnaire ruiné, passe quelques nuits sur le canapé du salon de Carole Lombard, manucure sans le sou qui cherche à épouser un millionnaire encore doté). Tandis que les compagnons dorment dans le même lit, Apure ne trouve pas le sommeil. Ses deux chats, du voyage, ne cessent de sortir de la grange, et ceci l'inquiète : s'ils se font écraser ? S'ils se font manger par des renards ? Il est difficile de condamner la porte. "Mais viens dormir !" insistent les autres. Apure, à la porte, regarde le village noyé dans la nuit. Les chats reviennent, marchant sur leurs pattes arrières, et lui parlent. "Que crains-tu ?" Les deux sont des enfants qu'Apure a connu autrefois.

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pühapäev, aprill 16, 2006

Le pont

Apure est, comme souvent ces derniers temps, en vacances avec ses parents. Ils suivent une cohorte de voiture sur une route de montagne enneigée, quelque part dans les Rocheuses. Le père grogne ; il a les embouteillages en horreur. La famille finalement se sépare ; chacun tentera sa chance de son côte, les uns à pied, les autres à vélo. Apure prend sa bicyclette et continue sur le bord de la route. Le vent souffle ; et quoique le ciel soir bleu, il neige. La route se fait étroite ; il faut descendre de vélo. Derrière Apure circulent une troupe de Français qui parlent à voix basse. Apure parvient finalement au pont coupé. Sous le pont, une équipe de sauveteurs est en train de sortir des eaux glauques une femme tombée par dessus la rambarde. Apure insulte ceux qui le précèdent : "Vous n'avez pas honte de vous repaître de ce spectacle affreux ?" Ils lui répondent dans un mauvais anglais, et se moquent de lui."Bastards", hurle Apure, et quelques insultes plus salées encore, dans son meilleur anglais.

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neljapäev, märts 16, 2006

Violences urbaines

Un moment brutal dans la nuit d'Apure : dans une rue de la ville, une automobile et ses passagers sont pris en sandwich entre deux autres voitures. Les passagers hurlent : "Qu'on appelle la police !".Un peu plus tard, Apure rentre chez lui. Son appartement est désormais communautaire ; un étudiant par chambre, et tandis qu'Apure cherche le chat, égaré dans les escaliers, les étudiants organisent une fête sage. Apure y trouvera cependant une fillette de trois ou quatre ans occupée à finir un mégot. Il commence par en rire puis la morale reprend le dessus. "Ce n'est pas bien", dit-il à la petite fille, qui se tortille et gémit. "J'veux partir d'ici ! J'm'ennuie !". Apure aussi. Il prend son vélo, qu'on vient de lui offrir, et repart dans les rues avec une des étudiantes. Elle marche derrière ou à côté de lui, si bien qu'il ne verra jamais son visage.

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